Le Chant Soufi

Association Sidi Bou Saïd de la Renaissance du Maalouf et du Chant Soufi

Mouhamed Farouk Chlagou : un passeur de traditions

Mouhamed Farouk Chlagou

Sidi Bou Saïd, ce charmant village maraboutique niché sur les falaises de la Méditerranée, est non seulement renommé pour sa beauté pittoresque et son architecture traditionnelle, mais aussi pour son riche patrimoine musical, notamment le Chant Soufi. En tant qu'Ambassadeur du Chant Soufi et du Maalouf, Mouhamed Farouk Chlagou incarne l’essence de ces traditions musicales spirituelles, célébrant l'amour et la connexion mystique avec le divin. Les ruelles étroites et les maisons blanches aux volets bleus résonnent avec les mélodies envoûtantes du Maalouf, tandis que les rassemblements communautaires, souvent proches des mausolées des saints, plongent les visiteurs dans une expérience transformatrice. Le Chant Soufi, à Sidi Bou Saïd, se révèle être une véritable immersion dans la quête spirituelle, rassemblant les âmes autour d'une même passion pour la musique et la spiritualité.

Le Chant Soufi

Histoire, Spiritualité et Héritage Musical

Introduction : Une musique au service de l’élévation spirituelle

Le chant soufi est bien plus qu’un simple art musical : il est un chemin vers l’extase spirituelle, une quête d’élévation qui transcende le simple plaisir esthétique. Héritier de siècles de traditions, il se déploie dans le cadre des rituels soufis, notamment à travers le dhikr, la hadra et les qasidas mystiques.

Parmi les figures contemporaines qui perpétuent cet art en Tunisie, Mouhamed Farouk Chlagou, musicien de Sidi Bou Saïd, s’illustre par son travail de transmission et de sauvegarde du patrimoine soufi et du maalouf. Mais pour comprendre son rôle et l’importance de cette musique dans le monde arabe et musulman, un retour sur l’histoire du chant soufi s’impose.

1. Origines et fondements spirituels du chant soufi

Le soufisme, courant mystique de l’Islam, met l’accent sur la recherche de la proximité divine à travers l’ascèse, la méditation et le dépassement de l’ego. Dès ses débuts, cette quête spirituelle a trouvé une expression musicale, avec la récitation des noms de Dieu (dhikr), la déclamation de poèmes mystiques et l’usage du chant pour induire des états de transe spirituelle.

Le rôle du dhikr dans le chant soufi

Le dhikr (qui signifie "souvenir" en arabe) est une pratique centrale dans le soufisme. Il consiste à répéter des invocations, souvent accompagnées de percussions et de mélodies qui plongent les fidèles dans une profonde méditation.

Selon les confréries soufies, le dhikr peut être :

  • Silencieux, sous forme de méditation intérieure.
  • Chanté, en groupe, avec un rythme qui s’accélère progressivement pour induire un état de ferveur mystique.

Ce chant n’a pas seulement une dimension rituelle, il est aussi une expérience collective, unissant les disciples autour d’un même souffle, d’une même intention spirituelle.

L’influence de la poésie soufie

Dès le Moyen Âge, des poètes soufis tels que Jalal al-Din Rûmî (XIIIe siècle) en Perse ou Ibn Arabi en Andalousie ont enrichi le répertoire du chant soufi par leurs écrits. Leurs vers exaltent l’amour divin, comparant souvent la relation entre l’homme et Dieu à celle d’un amant et de son bien-aimé.

Les qasidas (odes mystiques) et les ghazals (poèmes lyriques) sont ainsi devenus des supports pour le chant soufi, mettant en avant des thèmes récurrents comme :

  • L’union avec Dieu
  • L’ivresse spirituelle
  • Le voyage intérieur
  • Le renoncement aux illusions du monde

2. Expansion et diversité des traditions soufies à travers le monde

Le chant soufi a évolué différemment selon les régions et les influences culturelles. On distingue plusieurs grandes traditions musicales :

Le Sama turc et persan

En Turquie et en Perse, le chant soufi est associé aux derviches tourneurs, disciples de Rûmî. Leur pratique du Sama (écoute spirituelle) allie chant, musique instrumentale et danse giratoire. L’usage du ney (flûte en roseau) est emblématique de cette tradition, évoquant le souffle divin qui anime l’âme.

Le Qawwali en Inde et au Pakistan

Le qawwali, popularisé par le célèbre chanteur Nusrat Fateh Ali Khan, est une forme de chant soufi née dans le sous-continent indien au XIVe siècle. Il repose sur une combinaison de poésie ourdoue, rythmes envoûtants et polyphonies chantées. Le qawwali est interprété par des groupes, souvent dirigés par un soliste, accompagnés d’harmonium et de tabla.

Le Malhoun et la Hadra en Afrique du Nord

En Tunisie, au Maroc et en Algérie, la tradition soufie prend des formes variées, allant du malhoun (poésie chantée) à la hadra, une cérémonie rythmée de chants, percussions et danses spirituelles. En Tunisie, la zaouïa de Sidi Belhassen Chedly est l’un des hauts lieux de cette tradition.

3. La tradition soufie tunisienne et le rôle du maalouf

En Tunisie, le chant soufi est étroitement lié au maalouf, musique arabo-andalouse introduite par les réfugiés musulmans d’Espagne après la Reconquista. Cette tradition s’est enrichie d’influences locales, donnant naissance à un répertoire unique, mêlant chants religieux, profanes et soufis.

La place du maalouf dans les rituels soufis

Certains modes musicaux du maalouf sont particulièrement adaptés au chant spirituel et à la récitation de poèmes mystiques. On y retrouve l’usage du mjarred, une technique vocale sans accompagnement instrumental, qui met en avant la pureté et l’émotion du chant.

C’est dans ce contexte que des artistes comme Mouhamed Farouk Chlagou jouent un rôle essentiel en préservant et transmettant ce patrimoine musical, notamment à travers des performances dans des lieux emblématiques comme le Café des Nattes de Sidi Bou Saïd.

4. Le Chant Soufi aujourd’hui : entre tradition et modernité

Avec la mondialisation, le chant soufi a connu un regain d’intérêt, notamment grâce à des artistes qui ont su le moderniser tout en respectant son essence spirituelle. Certains musiciens fusionnent désormais le chant soufi avec des genres contemporains tels que :

  • Le jazz (Dhafer Youssef)
  • La musique électronique
  • Le rock mystique

Ces nouvelles approches permettent de toucher un public plus large, tout en conservant la profondeur spirituelle du chant soufi.

Conclusion : Une tradition toujours vivante

Le chant soufi demeure un pont entre le passé et le présent, entre le sacré et l’artistique. Qu’il soit interprété dans les zaouïas, les festivals ou les scènes contemporaines, il continue de porter un message universel : celui de la quête de l’absolu à travers la musique.

Des artistes comme Mouhamed Farouk Chlagou s’inscrivent dans cette dynamique, en préservant l’authenticité de la tradition tout en lui offrant une nouvelle vitalité.

Le chant soufi n’est pas qu’un simple héritage du passé : il est un souffle vivant, vibrant et intemporel.

Jean Baptiste MESONA

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